Victor Koretsky

(1909-1998)

Né à Kiev, il a suivi les cours de l’Institut d’Arts Plastiques de l’Éducation Nationale de Moscou, dite École de Monk. Influencé par le travail d’artistes engagés – Rodchenko, Kloutis, les frères Stenberg, mais surtout John Heartfield -, il s’oriente vers l’art graphique politique. Il affirme rapidement son propre style, une synthèse originale qui se situe entre la photographie et la peinture, pour aboutir au photomontage. Les autorités découvrent ce jeune artiste en 1930 avec sa première affiche, hymne à la solidarité des « Travailleurs de tous les pays ». Dès lors, il consacre son savoir-faire au service de Staline puis successivement de Nikita Khrouchtchev, Leonid Brejnev, Youri Andropov, Constantin Tchernenko et Mikhaïl Gorbatchev.Ces réalisations, que l’on pouvait voir reproduites dans la Pravda -organe officiel du Parti Communiste d’URSS- et placardées dans la rue, les écoles, les théâtres, les lieux publics, les usines ou dans les locaux du parti, peuvent être scindées en trois grandes périodes :

La Deuxième Guerre Mondiale et ses suites : hymne au patriotisme et entretien de la méfiance vis-à-vis de l’Allemagne Fédérale « revancharde ».

Politique intérieure : avec la période d’après-guerre, Victor KORETSKY reçoit de nouvelles instructions. Ses messages incitent à la reconstruction du pays dévasté par l’invasion : « Nous avons triomphé dans la guerre, nous triompherons par le travail », avec une particulière valorisation de la science et du produit du travail des ouvriers.

Politique internationale / Politique anti-américaine : durant la guerre froide, à l’apogée du système socialiste, une campagne anti-américaine d’une rare violence apparaît sur les thèmes de la guerre de Corée puis de celle du Vietnam, du racisme, de la C.I.A. et plus généralement du capitalisme. Publié en 1985, le recueil « L’impérialisme américain en accusation » semblait de voir être le dernier du genre.

En fait, plus secrètement, un autre ensemble comportant également douze affiches intitulé « La marque sanglante de la CIA« , commande du département de la propagande, fut imprimé le 18 mars 1986, avec la conséquence, négligeable au regard de l’enjeu historique, d’avoir marqué le terme effectif de sa carrière pour raison d’État. En effet, tenu en réserve et destiné à être largement diffusé en cas d’échec des entretiens du 11 octobre de la même année entre Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev à Reykjavik, la décision a été prise de passer au pilon en urgence l’ensemble des tirages, compte tenu de l’avancée positive des négociations. Témoignage ultime et significatif des méthodes de propagande politique développées durant la guerre froide, seuls quelques très rares exemplaires ont été archivés.

Il est décédé en Russie en 1998 dans l’anonymat, alors que sa capacité d’influence s’était exercée pendant 50 ans auprès du peuple russe…