Alphonse Allais

(1864-1905)

Alphonse Allais fut journaliste et humoriste. Il nous reste de lui l’image d’un homme à l’humour acide et un spécialiste de la théorie de l’absurde.

Il a fait partie du mouvement Fumiste, était membre du club des Hydropathes, fut un pilier du cabaret le Chat noir dont il dirigea la revue et présenta des toiles monochromes (Première communion de jeunes filles chlorotiques par un temps de neige, constituée d’une simple feuille de bristol entièrement blanche, etc.) au salon des Arts Incohérents. Alphonse Allais a composé des centaines de contes humoristiques, tous ou presque écrits dans l’urgence. Poète autant qu’humoriste, il a cultivé entre autres le poème holorime, c’est-à-dire constitué de vers entièrement homophones, où la rime est constituée par la totalité du vers. Exemple : « Par les bois du djinn où s’entasse de l’effroi – Parle et bois du gin ou cent tasses de lait froid. » Son art de tirer à la ligne était proverbial. Il est vrai qu’il faisait même cela avec esprit :

Ventre affamé n’a pas d’oreilles, mais il a un sacré nez.

Une fois qu’on a passé les bornes, il n’y a plus de limite.

C’est quand on serre une dame de trop près…qu’elle trouve qu’on va trop loin.

La logique mène à tout à condition d’en sortir.

La mort est un manque de savoir-vivre.

Ne nous prenons pas au sérieux, il n’y aura aucun survivant.

Ne remets pas à demain, ce que tu peux faire après-demain.

Il est toujours avantageux de porter un titre nobiliaire. Être “de quelque chose” ça pose un homme, comme être “de garenne” ça pose un lapin.

Quand vient l’été les familles amènent leurs enfants au bord de la mer dans l’espoir, souvent déçu, de noyer les plus laids.

L’avantage des médecins, c’est que lorsqu’ils commettent une erreur, ils l’enterrent tout de suite.

Dans la vie, il ne faut compter que sur soi-même, et encore, pas beaucoup.

Faut-il que les hommes soient bêtes de fabriquer des machines pour se tuer… comme si on ne claquait pas assez vite tout seul !

J’ai poursuivi mes études sans jamais les rattraper…

Impossible de vous dire mon âge : il change tout le temps.

En voilà des sales types, les gens !

 

Pour beaucoup de critiques et néanmoins connaisseurs, Alphonse Allais est considéré comme le père de l’art contemporain en matière de peinture.
« Et moi aussi je serai peintre ! (…). Et quand je disais peintre, je m’entendais : je ne voulais pas parler des peintres à la façon dont on les entend le plus généralement, de ridicules artisans qui ont besoin de mille couleurs différentes pour exprimer leurs pénibles conceptions. Non ! Le peintre en qui je m’idéalisais, c’était celui génial à qui suffit pour une toile une couleur : l’artiste, oserais-je dire, monochroïdal ».

Après avoir découvert la peinture monochrome lors de la première exposition des Arts Incohérents avec une toile de Paul Bilhaud complètement noire intitulée « Combats de nègres dans une cave pendant la nuit » il produit ses propres monochromes.

Alphonse Allais : humoriste révolutionnaire ou précurseur génial ? Ou inventeur méconnu dans son temps, comme avec sa « casserole carrée pour éviter de voir le lait tourner » ?